14 mots clés pour décrypter le monde de la transition écologique et des solidarités

[MON DICTIONNAIRE DE LA TRANSITION]

Arriver dans le monde de la transition écologique et des solidarités, c’est s’ouvrir à des nouveaux mots ou à des nouvelles définitions des mots qu’on connaissait. Et dans cette jungle de vocabulaire, certains mots ressortent souvent, on vous propose de les décrypter ici pour vous aider à comprendre leur fertilité et leurs limites. Et pour aller un peu plus loin, on ajoute nos propres mots qui nous aident à mieux comprendre ce monde en constante évolution !

Alternatives (radicales)

Pour bien choisir où mettre son énergie et ses compétences

Lorsqu’on se lance dans une évolution professionnelle, on se pose toujours la question : pour aller où ? Source d’enthousiasme autant que d’incertitudes, cette destination de notre évolution professionnelle est décisive : si on change, il faut que ce soit pour être réellement utile à la transition écologique et solidaire de notre société.

Pourquoi les alternatives ?

La notion d’alternative renvoie à une proposition différente de ce que nous offre actuellement notre société. Alimentation, déchets, mobilité, consommation, réparation… les secteurs sont nombreux où nos modèles actuels dysfonctionnent.

Les alternatives visent à proposer des solutions qui répondent aujourd’hui aux enjeux écologiques et solidaires de notre époque. Si on les imagine souvent portées par des entreprises innovantes – des jeunes pousses pour utiliser le mot français – elles peuvent aussi être portées par des associations ou même des institutions publiques !

Parce qu’elles sont à la pointe de la transition écologique, c’est souvent vers elles qu’on a envie d’aller et de mettre nos compétences, et à raison, elles ont besoin d’énergie et d’expériences pour grandir !

Pourquoi radicales ?

La notion de radicalité ne signifie pas extrême mais qui va à la racine. Une alternative radicale, c’est une alternative qui s’attaque au cœur du problème et ne propose pas une solution qui reste à la surface, qui surfe sur la mode et qui n’est pas réellement à la hauteur des enjeux.

Le cas du recyclage est bien connu. C’est un bon exemple de ce qui semble bien mais qui, dans un certain nombre de cas, est très loin d’être à la hauteur des enjeux. La radicalité consiste à aller vers une économie la plus circulaire et zéro-déchet possible car ce qui est le plus polluant ce n’est pas de se débarrasser d’un déchet, c’est de produire un objet !

Comment les identifier ?

Si avec le temps, on apprend à les détecter en regardant un site, en s’intéressant aux parcours de celles et ceux qui lancent ces alternatives, en observant les statuts et le vocabulaire employé, ce n’est pas évident quand on débute.

Le mieux, c’est d’aller trouver quelques personnes expérimentées rencontrées lors d’événements, d’ateliers et dans des espaces d’engagement ou d’accompagnement qui pourront vous décrypter (sans langue de bois) les tenants et aboutissants de chaque alternative que vous avez découverte – en tout cas de celles qui vous intéressent. Le but n’est pas qu’elles vous disent “bien” ou “pas bien” mais qu’elles vous expliquent et vous donnent des arguments que vous pourrez vous approprier pour vous faire votre propre avis.

N’hésitez pas à nous écrire si vous avez des questions sur une initiative ou un secteur afin de vous aider à identifier des personnes ou structures référentes pour vous accompagner à décrypter (c’est leur mission et souvent, elles le feront avec plaisir) : martin.durigneux@instituttransitions.org

💡 Conseil utile : Aucune initiative n’est parfaite mais il y a une différence radicale entre le c’est déjà ça et le on ne peut pas faire mieux, mais on travaille chaque jour pour trouver des solutions. Le premier, c’est un toujours marqueur d’insuffisance voire de greenwashing (ou écoblanchiment) alors que le second est une expression de la recherche de solutions toujours plus radicales face à la hauteur des enjeux.

Artisans et artisanes de la transition

Pour bien comprendre qui fabrique la transition de notre société

L’expression revient souvent dans les articles, webinaires, conférences de notre institut. Elle est issue de nos expériences de terrain dans les structures porteuses de la transition, pour certaines que nous avons fondées ces quinze dernières années, pour d’autres dans lesquelles nous nous sommes engagés. Plus encore, cette expression décrit nos expériences. Mais qu’est-ce qui se cache derrière cette sympathique formule ? Retour en 3 points pour vous partager notre choix de ce terme !

1. Des artisans qui font, pas des experts qui savent

La première idée, pour nous, c’est de distinguer les artisans qui bidouillent, bricolent et fabriquent au quotidien des solutions pour que la transition écologique et solidaire progresse des experts qui disposent d’une connaissance stabilisée et validée d’un domaine spécifique.

S’il existe des experts de domaines : mobilité, alimentation, déchets… sur qui nous appuyer, il n’y a pas d’experts de la transition. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de savoirs stabilisés sur la transition : on ne sait pas exactement où on va, et encore moins comment on va réussir à atteindre cette société écologique et solidaire qu’on n’a pas tout à fait définie.

L’artisan, c’est celui qui doit allier une pratique quotidienne pour que les solutions progressent… et une réflexion pour s’améliorer à chaque pas. C’est celui qui regarde alternativement la montagne au loin pour ne pas perdre de vue son objectif et ses prochains pas sur le chemin pour ne pas trébucher à la prochaine action.

2. Des couteaux suisses au service des initiatives qui fabriquent la transition

Seconde idée, cette vocation d’artisan de la transition ne correspond pas (uniquement) à des métiers définis et spécifiques que nous connaissons déjà : épicerie, restauration, paysage, agriculture… Les artisans et artisanes sont aussi ceux et celles qui assument un ensemble de missions de couteaux suisses qui croisent une variété de savoirs, de compétences mais aussi une part d’improvisation et d’imagination face à des situations imprévues. Si ces missions sont différentes dans chaque structure, on y retrouve souvent des capacités d’animation d’équipe, de gestion de projets, de connaissance des publics, de compréhension des rouages institutionnels et sociétaux…

Comme nous le partageait Hannah Arendt, citant René Char : notre héritage n’est précédé d’aucun testament. Nous n’avons pas le mode d’emploi du changement, aussi, nous devons accepter davantage de polyvalence, d’autonomie, d’inventivité pour adapter nos actions aux évolutions permanentes (nécessaires et positives) qui marquent les étapes d’évolution de notre société.

3. Devenir artisan : allier apprentissages théoriques et expériences pratiques

Accompagner celles et ceux qui souhaitent agir à devenir artisans et artisanes de la transition, c’est la mission de notre institut, à travers notre programme Nouvelles Voies, mais aussi nos formations Boîte à outils et nos différents outils comme notre Espace Évolutions ou notre Lettre Évolutions.

Pour nous, il s’agit d’allier des apprentissages théoriques des enjeux (alimentation, biodiversité, mobilité, solidarités locales…) et des processus (accompagner le changement, développer les solutions…) avec des expériences pratiques pour lesquelles un accompagnement est proposé. Dans Nouvelles Voies, c’est la vocation des missions de terrain que mènent les apprenants et apprenantes.

Associations (écolos et solidaires)

Pour savoir ce qu’il y a derrière ce statut qui ne manque pas de susciter des préjugés

Lorsqu’on commence sa quête de sens, un acteur revient très souvent dans les recherches internet et dans les discours : les associations. Derrière ce mot, une diversité d’engagements, de métiers, d’histoires, de tailles comme de modes d’action et de fonctionnement : clubs sportifs, associations d’entraide, fédérations d’action sociale, hôpitaux, écoles d’enseignement supérieur, clusters économiques, mouvements militants, réseaux d’acteurs ou encore associations d’éducation et de protection de la nature… Dans cet article, nous parlerons avant tout des associations qui participent à la transition écologique et aux solidarités.

Association, c’est aussi un mot qui porte une diversité de représentations plus ou moins justes et plus ou moins positives, alors c’est parti pour un tour de quelques préjugés qu’il convient de déconstruire quand on est en quête de sens dans son évolution professionnelle !

Idée reçue N°1 : il n’y a pas de travail, c’est que du bénévolat

La France compte environ 1,3 millions d’associations actives, et parmi elles, 170 000 sont employeuses, et elles emploient environ 1,8 million de personnes, soit 10% des emplois privés de notre pays. C’est considérable !

Derrière ce chiffre, il y a une diversité de réalités. Si elles emploient en moyenne 12,9 salariés, près de la moitié des associations ont entre 1 et 2 salariés. Comme dans le monde des entreprises, on trouve quelques centaines de grandes et très grandes, et des dizaines de milliers de petites et très petites.

Avec environ 47% des emplois, les associations de soin, d’action sociale, d’hébergement, caritatives ou humanitaires sont les premières employeuses, avec des fédérations nationales qui comptent plusieurs centaines ou milliers d’emplois comme Habitat et Humanisme, le Secours Catholique, Emmaüs ou encore les Apprentis d’Auteuil. Les associations qui mènent des actions de plaidoyer ou d’éducation pour des causes (comme la protection de la nature) représentent environ 4% des emplois, avec une forte dynamique dans la transition écologique.

▸ [Pour aller plus loin] Les chiffres clés de la vie associative en 2023

Idée reçue N°2 : bosser en association, c’est 80h, payées au smic !

Les associations souffrent du mythe du militant ou de la militante dévouée à sa cause qui travaille 80h par semaine pour un smic, et encore ! Si ce cas existe, en particulier dans les associations où il n’y a qu’une personne salariée, comme dans les jeunes pousses, ce n’est pas du tout la norme !

Question salaire : peu de smic, mais pas de très hauts salaires

Ce que nous observons dans notre veille mensuelle des offres d’emplois de la transition écologique et solidaire de la région lyonnaise, c’est plutôt une pyramide des salaires très resserrée (ou écrasée) entre 1700€ et 2500€ (net) avec des pics à 3000€ pour des postes de direction dans des associations de plus de 10 salariés, et des postes à responsabilité dans des associations de plus de 50 salariés.

Cette baisse des hauts salaires, n’est pas un « problème » : elle est désirable dans une perspective de justice sociale. Le creusement des inégalités salariales n’est pas le résultat du mérite de chacun et de chacune, c’est-à-dire de différences objectives d’apports à la société, mais de situations asymétriques entre les travailleurs et travailleuses, entre les entreprises ou entre les secteurs d’activité. Est-ce qu’un policier ou une policière est moins utile qu’un dirigeant ou une dirigeante d’entreprise qui vend des abris de piscine, pourtant il ou elle est bien moins payé !

Se lancer dans une évolution professionnelle implique de questionner son rapport au salaire, de réfléchir à ce qu’est une rémunération juste (et méritée pour vous) et ce qui vous est réellement nécessaire pour vivre, en particulier en calculant votre RIB, le revenu induit par vos besoins.

▸ [Mode d’emploi] Comment… questionner son rapport au salaire ?
▸ [Ressource utile] Le livre (très accessible) Ce que nos salaires disent de nous, de Baptiste Mylondo.

Question temps de travail : un cadre à poser et à (faire) respecter

Notre expérience de 15 ans dans le monde des associations écolos et solidaires nous montre qu’il y a peu de cas où des salariés travaillent 50, 60, 70 heures, sauf chez les entrepreneurs et entrepreneuses et dans des configurations rares au sein d’associations où il y a un à trois salariés, dans un contexte de forte tension économique ou d’urgence sociale.

Par contre, comme toutes les structures à taille humaine avec de très forts enjeux internes (un modèle économique à tenir, avec des appels à projets, appels aux dons, ventes d’activités…) et externes, avec des urgences écologiques et sociales criantes, il y a toujours un risque de débordement.

La nature des associations de moins de 10 ou 15 salariés, avec leurs équipes polyvalentes, autonomes et investies et une gouvernance avec un conseil d’administration et un bureau composé de bénévoles, amène souvent un cadre très souple (pour ne pas dire flou) dans le suivi des ressources humaines.

Et quand on est en évolution professionnelle ? Choisir de s’investir dans une association de moins de 15 salariés nécessite d’avoir une bonne dose d’autonomie, une capacité à poser le cadre et à dire non pour ne pas être débordé par les sollicitations de toutes parts : public/client, Conseil d’Administration, collègues… C’est un des enjeux clés que nous travaillons dans notre programme Nouvelles Voies, mais aussi dans notre formation courte Coordonner des équipes et des actions.

Idée reçue N°3 : c’est un cadre plus humain, bienveillant et épanouissant

Si les préjugés négatifs sont pénibles à entendre, les préjugés positifs sont difficiles à remettre en cause, et c’est pourtant nécessaire ! Parmi les plus habituels, celui qui veut que les associations écolos et solidaires soient des lieux plus humains, bienveillants, épanouissants.

C’est vrai ! Par la nature des associations, souvent à taille humaine, avec des équipes qui partagent des valeurs et des engagements communs, elles offrent un cadre propice à des relations conviviales entre collègues ainsi qu’avec les bénévoles. Avec des missions riches en utilité sociale et en sens, elles sont un cadre pour s’épanouir, se sentir utile, en cohérence avec ses valeurs.

🚨 Attention, ce n’est pas tout ! Par leur nature engagée face à des urgences écologiques et sociales, elles sont soumises à une pression sociale importante. Il faut agir tout de suite face à des menaces souvent vitales : sauver des personnes à la rue ou victimes de violence, protéger la biodiversité qui s’effondre, lutter contre le dérèglement climatique, accueillir des migrants et des migrantes, réduire les injustices et les inégalités dès le plus jeune âge… la liste est longue ! Et dans le même temps, elles subissent une pression économique significative car les moyens sont toujours insuffisants face aux défis à affronter, même quand ils sont en hausse, comme cela a été le cas depuis 20 ans sur les enjeux écologiques.

D’autres spécificités comme le travail avec des bénévoles qui ont des horaires décalés, des différences de posture ou appartiennent à d’autres générations (on a parfois un écart de 30 à 40 ans entre bénévoles et personnes salariées dans des associations anciennes) créent des difficultés qu’il faut apprendre à intégrer. C’est une des vocations de nos formations Boîte à outils pour les équipes d’associations et d’entreprises écolos et solidaires.

Et quand on est en évolution professionnelle ? Cela peut induire une pression importante qu’il est important de réussir à contenir, on vous en parle dans le mot Urgence(s) de ce dictionnaire. C’est une des raisons qui nous amène souvent à conseiller un ou des accompagnements, quand on s’engage dans une évolution vers des métiers en association ainsi que des échanges entre pairs quand on y travaille, pour prendre du recul sur ses pratiques et s’entraider.

Dépasser les préjugés : rencontrer et expérimenter

Face à ces préjugés qui ont la vie dure, la meilleure démarche est celle d’aller vers des associations sur les sujets qui vous touchent ou vers lesquels vous avez envie d’évoluer, pour découvrir leurs réalités, connaître le vécu des bénévoles et des personnes salariées, comprendre leur histoire, leur engagement, leur utilité face aux urgences écologiques et sociales que notre société rencontre… Et pour cela, deux options :

1. Aller à la rencontre : participer à des activités ou demander des rendez-vous « métier »

Première possibilité pour découvrir la vie d’une association : participer à ses activités si elle en propose d’ouvertes au public : conférences, formations, ateliers, balades, visites, chantiers, rencontres…
Où trouver ces événements ? Vous pouvez parcourir leur site, ou aller sur des sites de référence. En région lyonnaise, et Aura, nous vous conseillons les sites Ambition ESS, Maison de l’Environnement ou suivre la liste Lyon Écologique et Solidaire animée par Anciela.

Seconde possibilité : demander des rendez-vous « métier » aux salariés des associations qui vous attirent, et si possible, des personnes qui ont elles-mêmes connu une évolution professionnelle, ce sera encore plus fertile !
Où trouver leurs contacts ? Sur le site même des associations, sur Linkedin ou sur notre article des 65 personnes qui ont évolué vers la transition écologique et les solidarités.

▸ [Mode d’emploi] Comment… obtenir, préparer et rendre fertile un entretien métier ?

2. Expérimenter : devenez bénévole ou vivez une immersion professionnelle

Première possibilité pour expérimenter la vie d’une association : devenir bénévole ! Attention, ce que vous vivrez ne correspondra pas à la vie d’une personne salariée – en particulier à la coordination – dans une association. Compléter le bénévolat avec des échanges avec les personnes salariées pour connaître leur vécu.

▸ [Mode d’emploi] Comment… le bénévolat peut m’aider dans mon évolution ?

Seconde possibilité : vivre une expérience d’immersion professionnelle soit officielle (une PMSMP) soit officieuse, sous la forme d’un bénévolat autour d’une mission ou d’un engagement long plusieurs jours par semaine pendant plusieurs semaines ou mois. N’hésitez pas à proposer ce type de fonctionnement à des associations, cela peut en convaincre !

▸ [Mode d’emploi] Comment… réaliser une immersion professionnelle ?

Backlash (retour de bâton) écologique

Pour reprendre confiance dans la transformation en cours dans la société

L’actualité qui s’est imposée depuis 2024 a remis au goût du jour une expression nord-américaine : le backlash. Et cette fois-ci, un backlash écologique. Mais alors, qu’est-ce que c’est ? Est-ce que nous vivons aujourd’hui un backlash écologique ? Et qu’en tirer comme conclusion pour nos engagements et nos évolutions professionnelles ?

D’abord, retournons aux sources. Cette notion de backlash, ou retour de bâton en français, est popularisée en 1991 par Susan Faludi, qui montre (et dénonce) le mouvement de réaction et de détournement du féminisme qui a caractérisé les Etats-Unis des années 80 face aux progrès acquis dans les années 60 et 70. Ce retour de bâton est à la fois un retour en arrière sur des droits acquis, et une adaptation des industries médiatiques, cosmétiques, vestimentaires pour se réapproprier le féminisme en le vidant de sa substance politique et émancipatrice.

1. Le backlash écologique : réalité sensible et motifs d’espoir

Cette expression revient au goût du jour pour décrire ce que ces dernières années ont amené comme régressions dans les législations nationales de plusieurs Etats, mais aussi une brutalisation des débats autour de sujets qui bénéficient d’un consensus fort depuis 20 ans : vélos, bio, rénovation énergétique, énergies renouvelables… Fin 2024, la chasse aux agences (Ademe, Agence Bio, OFB) qui a donné lieu à de violents discours de personnalités de la droite républicaine, en est une illustration remarquable. Si ce phénomène ne manque pas d’inquiéter, il y a deux motifs d’espoir.

  • La résistance démocratique (bien au-delà des personnalités écolos traditionnelles) incarnée tant par des acteurs économiques, de mouvements associatifs et citoyens, que des chercheurs et chercheuses, mais aussi par un éventail de personnalités politiques de différents bords politiques. Tant et si bien que beaucoup de ces propositions néfastes sont restées au stade de discours !
  • Le constat que la plupart de ces réactions sont liées à des progrès significatifs dans la transition écologique et solidaire. Des progrès législatifs et réglementaires, mais aussi dans les habitudes, comme la croissance de la pratique du vélo et de la consommation bio, qui appellent à des adaptations significatives des politiques publiques et des territoires.

2. Une étape nécessaire dans la massification de la transition écologique et solidaire

Au-delà des motifs d’espoir, cette émergence d’un sentiment de backlash (relatif, dans la mesure où les études d’opinion montrent un souci croissant des enjeux écologiques depuis 20 ans) marque une nouvelle étape dans la transition écologique : celle de la massification. Et d’une massification qui ne passe pas (que) par les normes, mais par une adaptation des alternatives et des modes de vie écologiques et solidaires à chaque contexte. Cela passe par quelques étapes clés :

  • Inventer les alternatives (on en a déjà beaucoup, mais il en reste à trouver !)
  • Rendre désirables ces alternatives pour toutes et tous (c’est bien plus avancé que ce qu’on croit)
  • Les adapter aux contextes des uns et des autres pour que la transition écologique ne soit pas une injonction de plus dans nos vies (et c’est là qu’on a le plus à travailler)

3. L’adaptation au contexte : le défi des artisans et artisanes de la transition

Et c’est bien dans cette adaptation aux contextes (géographiques, sociaux, professionnels…) de chacun et chacune qu’il y a le plus d’ouvrage pour celles et ceux qui ont envie de mettre leur compétence au service de la transition. Comment rendre le vélo accessible à tous les contextes ? Comment permettre à chacun et chacune d’accéder à une alimentation bio et végétale (réellement bonne et équilibrée) ? Comment offrir des loisirs et des vacances écologiques à la portée de tout le monde ?

Les artisans et artisanes de la transition, que vous retrouvez au début de ce dictionnaire, ont cette vocation de trouver toutes les « petites » (parce que précises, localisées, personnalisées) solutions pour que la transition avance :

  • qu’un quartier se mette à manger 2, 3, 4 fois plus de bio parce qu’une épicerie, des Amap, un restaurant, un centre social… auront réussi à convaincre
  • qu’une zone d’activité économique voit la pratique du vélo se populariser, parce qu’une petite équipe aura réussi à mobiliser et que des animateurs et animatrices vélo auront réussi à convaincre…

La liste est longue, et à chaque fois, il y a des hommes et des femmes qui permettent que les défis s’accomplissent !

[Pour aller plus loin] Le chercheur Théodore Tallent explore pour Blast, avec Paloma Moritz, cette notion de backlash et ouvre des perspectives historiques et sociologiques pour comprendre comment dépasser la réaction et avancer vers une transition écologique pour toutes et tous et par toutes et tous. Une source d’inspiration pour penser où et comment agir quand on est en évolution professionnelle !

Coopérative

Pour découvrir ce statut qui porte des réponses face aux dérives du capitalisme

Né au 19e siècle dans un monde qui vivait le développement et les dérives du capitalisme industriel, le mouvement coopératif s’est constitué autour d’une diversité d’expériences, d’alternatives, d’initiatives qui cherchaient toutes à (re)donner le pouvoir aux travailleurs et travailleuses, habitants et habitantes ou consommateurs et consommatrices face à la puissance des entreprises capitalistes concentrées entre les mains de quelques propriétaires.

Dans un contexte de transition écologique et solidaire et d’entrepreneuriat éthique, les coopératives ont le vent en poupe, soutenues par la création de nouveaux statuts comme la Scic (2001) et la loi Hamon qui a renforcé la visibilité des entreprises coopératives et des structures d’ESS, qu’on vous présente dans un autre article de ce dictionnaire. Trois statuts sont aujourd’hui très populaires : les Scop, les Scic et les CAE. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ces statuts ? Est-ce qu’ils peuvent être un débouché fertile pour une évolution professionnelle engagée ? Décryptage.

Histoire(s) d’une recherche d’alternative(s) au capitalisme

Les coopératives sont contemporaines des prémisses du capitalisme, en partie héritières des modèles corporatifs qui, dans les villes du Moyen-Âge, organisaient une coopération, une mutualisation des outils et des connaissances mais aussi un contrôle social fort au sein d’un métier.

Elles naissent pour s’opposer aux immenses transformations des entreprises et de la société que produit le capitalisme, avec une dépossession des outils de production et une désappropriation du travail par les travailleurs et les travailleuses, en rupture avec les habitudes artisanales. Leur vocation ? Mettre de la démocratie dans le monde du travail comme elle s’impose (non sans difficulté) dans la société.

Entre le début du 19e siècle et le début du 20e, ce sont des milliers d’expériences coopératives qui se déroulent en France. Et au-delà du travail, on trouve aussi des coopératives de consommation, d’habitat ou encore des mutuelles et caisses de solidarités qui inspireront notre sécurité sociale. Certaines sont encore des sources d’inspiration des mouvements coopératifs au 21e siècle !

Après une période à bas bruit entre 1945 et 1980, les coopératives connaissent un regain d’intérêt dans les années suivantes avec de belles aventures entrepreneuriales et des reprises d’usines. C’est dans les années 2010, et en particulier après 2014 et la loi Hamon, dans un contexte d’entrepreneuriat social, que de plus en plus de Scop, SCIC et CAE se créent pour construire des entreprises démocratiques et ouvertes sur leur territoire.

Les coopératives au 21e siècle : CAE, Scop, Scic, kezako ?

Quand on parle de coopérative, on parle de statuts qui organisent les modalités de gouvernance : en particulier qui prend les décisions, quand et comment ? Dans le monde coopératif, trois statuts sont les plus courants et répondent à des enjeux très différents : les Scop, les Scic et les CAE.

La Scop : pour une démocratie en entreprise

La Scop, ou Société coopérative de production, est le statut coopératif historique. Il a été pensé autour du principe démocratique : une personne, une voix. Les personnes salariées qui s’engagent dans une Scop, sont encouragées à devenir associés et participer aux délibérations collectives, en particulier en Assemblée Générale. Les salariés coopérateurs possèdent au moins 51% du capital et 65% des droits de vote.

Tous les salariés ne deviennent pas obligatoirement associés, on estime que 52% des salariés en Scop sont associés en France et cela varie suivant les secteurs d’activité et la volonté de chaque Scop. Des garde-fous existent pour garantir que les salariés qui s’associent entrent dans le projet de la Scop : minimum d’ancienneté, validation de la candidature en Assemblée Générale…

Et en chiffre ? En 2024, on comptait 2 723 Scop en France, pour la plupart créées avec ce statut dès le départ, qui rassemblent 62 685 salariés. C’est encore une petite minorité des entreprises, mais elles connaissent une dynamique forte depuis 10 ans.

Les Scic : pour une coopération économique démocratique

La Scic, ou Société coopérative d’intérêt collectif, est une évolution récente du monde coopératif, créée en 2001, elle ouvre la coopération aux acteurs d’une chaîne de production ou d’un territoire. Ainsi, à côté des salariés de la structure, on trouve d’autres catégories d’adhérents : bénéficiaires, fournisseurs, acteurs du territoire comme des collectivités territoriales ou des collectifs d’habitants, acteurs de la thématique, comme des associations engagées sur le sujet qui mobilise la Scic.

Ces adhérents se rassemblent dans différents collèges en Assemblée Générale et potentiellement en Conseil d’Administration afin de représenter les différents intérêts des acteurs qui participent à la production ou en vivent les conséquences dans le cas des habitants et des acteurs du territoire.

Et en chiffre ? Avec 1417 Scic en 2024, on observe un véritable enthousiasme autour des Scic en France, autant dans des initiatives entrepreneuriales à portée collective (Rebooteille, Feat Coop, Grap…) que des initiatives développées par les territoires, avec une impulsion par des collectivités. Marque de la jeunesse de ces dynamiques, elles emploient 15 720 salariés, ainsi quand les Scop ont une moyenne de 23 salariés, les Scic en sont à 11.

[Pour aller plus loin] Les chiffres clés des coopératives pour 2024

Travailler en coopérative : quelles différences ?

Comme on peut s’en douter, s’engager dans une coopérative n’est pas une aventure ordinaire. Elle suppose plusieurs prérequis pour que cette expérience soit cohérente avec ce que vous avez envie de vivre comme travailleurs ou travailleuses :

  • Avoir envie de porter et d’incarner son entreprise et ainsi, de porter une responsabilité morale dans la vitalité, le développement de la coopérative mais aussi dans sa cohérence éthique.
  • Avoir envie de participer aux décisions et ainsi, de dialoguer, débattre, faire des compromis avec ses collègues sur des choix stratégiques ou même parfois anecdotiques. A fortiori dans le cas de coopératives avec un esprit très autogestionnaire, on peut être dérouté par cette nécessité d’avoir (et de donner) un avis très régulièrement, pour construire une décision collective, quand on est plus habitué à négocier individuellement ou collectivement avec une hiérarchie.
  • Avoir envie de transparence collective. Si dans des entreprises classiques le salaire, certains avantages, des modes de régulation du temps de travail sont cachés ou en opacité, le mode de fonctionnement en coopérative impose une transparence forte et limite les avantages qu’on peut négocier individuellement.

Ainsi, une coopérative est une initiative moins individuelle et plus conviviale avec ses forces : davantage d’objectivité, d’équité, de démocratie… et ses limites, en particulier liées à la nécessité de décider et de dialoguer en collectif, et donc d’être bien positionné, avec des collègues bien positionnés. Comme elle est une aventure particulièrement humaine et engagée, la vie dans une coopérative met souvent davantage au jour les fragilités et failles humaines de celles et ceux qui s’y engagent.

Quand on est en évolution professionnelle, choisir une coopérative en particulier, c’est choisir un écosystème humain particulier dans lequel on sent qu’on s’épanouira.

Convivialité

Pour s’approprier cette notion bien plus riche qu’il n’y paraît

Si le mot de convivialité est revenu à la mode pour exprimer un vivre-ensemble qu’on souhaite apaisé, joyeux et solidaire, il a connu une définition plus radicale dans les années 70 et 80 sous la plume d’Ivan Illich, penseur critique du capitalisme et de ses « monopoles radicaux » qui sont « contre-productifs » pour notre société. À la société technocratique et industrielle qui dépouvoirise et désincarne les individus, il oppose la puissance des liens d’entraide, de solidarité et de partage qui renforcent le pouvoir d’agir (et de vie) de chacun et chacune. Une source d’inspiration, pas toujours simple à lire dans le texte !

Les monopoles radicaux : la liberté ne se gagne pas seul

Au cœur de la théorie d’Ivan Illich, on retrouve un concept : celui des monopoles radicaux. Il lui permet de désigner des usages, des techniques ou des technologies qui s’imposent à nous que nous le désirions ou non, car leur non-acceptation conduirait à une exclusion sociale et économique.

Le cas historique des monopoles radicaux, très étudié par Illich mais aussi par André Gorz, est celui de la voiture, qui transforme la mobilité urbaine et rurale au point de rendre indispensable de disposer d’un véhicule motorisé pour participer à la vie sociale, bénéficier de soins, accéder à un emploi… Aujourd’hui, ces monopoles radicaux issus du monde industriel sont nombreux : smartphones, ordinateurs, réseaux sociaux et demain sans doute IA générative.

Les monopoles radicaux ne sont pas, par principe, problématiques, bien que leur mode de production par une puissance centralisée (Etat, entreprises capitalistes…) pose des questions de démocratie, et ainsi du pouvoir que nous avons à les accepter en pleine conscience. Cependant, ils deviennent (souvent) problématiques dès qu’ils ne répondent pas (ou plus) correctement aux enjeux qu’ils ciblent ou qu’ils créent d’autres problèmes. C’est ce qu’Illich nomme la contre-productivité. Le plus connu, si on suit notre exemple de la voiture, est celui des embouteillages en ville liés aux surusages (toujours d’actualité malheureusement) de la voiture pour des trajets courts et pour transporter une personne – et une baguette de pain.

Au-delà des embouteillages, par des calculs savants, Illich et Gorz ont montré que la voiture, qu’on laisse presque toujours garée et qu’on a payée plusieurs dizaines de milliers d’euros potentiellement, roule à moins de… 6 km/h en moyenne, si on incorpore dans le calcul tout le temps que nous avons passé au travail pour nous la payer (et pour payer ce qu’elle coûte en essence, assurance, réparation…) ! Moins qu’un vélo… C’est un exemple classique de contre-productivité qui nécessite d’aller au-delà des évidences pour comprendre pourquoi un modèle (celui de la voiture en ville, dans notre exemple) est dysfonctionnel et coûteux. Et c’est sans compter tous les coûts que la société doit assumer : pollutions, accidents, entretiens des chaussées…

Cependant, ce que nous montre Illich, c’est qu’on ne peut s’affranchir seul d’un monopole radical sans risquer d’être marginalisé voire exclu.

Le cas du vélotaf (aller au travail à vélo) est un bon exemple :
sans infrastructures protectrices des vélos, c’est dangereux
sans équipement pour poser son vélo, c’est risqué ou gênant
sans sanitaire pour se changer ou se doucher, c’est perçu comme « sale »
et sans vélo adapté à des non-sportifs, avec une assistance électrique, c’est difficile voire impossible suivant la topographie.

L’émancipation d’un monopole radical, contre productif, comme celui du tout-voiture nécessite que la société se mobilise : trouve des solutions techniques, modifie les normes, accompagne les évolutions de comportement… Institutions, associations, entreprises ont un rôle à jouer ! Et c’est en particulier le cas des alternatives radicales qui vont apporter ces solutions et les populariser, comme les vélos en libre-service, le Vélo’V à Lyon (oui, c’est une alternative radicale développée par JCDecaux) !

Et quand on est en évolution professionnelle ? Si vous êtes en évolution professionnelle pour agir face aux urgences écologiques et sociales, vous affronterez sans doute certains de ces monopoles radicaux. Votre mission, suivant où vous choisirez d’agir – vous pouvez lire notre article Économie de la transition dans ce dictionnaire – sera de trouver des solutions pertinentes face aux enjeux, de les mettre en œuvre et/ou d’accompagner des personnes, des organisations ou des territoires à s’en saisir. C’est ce que nous nommons être artisans et artisanes de la transition dans ce dictionnaire.

L’outil convivial : autonomie et pouvoir d’agir

Face à ces monopoles radicaux issus de la combinaison entre puissance publique et entreprises inscrites dans un capitalisme très avancé, loin des petits patrons du coin, ce qu’Ivan Illich propose s’inscrit dans ce qu’il appelle la convivialité et qu’il développe autour de la notion d’outil convivial.

Dans son approche critique de la société industrielle, il s’agit de distinguer les outils en deux catégories : les outils qui dépouvoirisent les personnes et ceux qui les empouvoirisent.

Type Appropriation Conséquence Exemple
Outils qui dépouvoirisent les personnes Outil dominant S’imposent aux personnes, sans consentement, et sans pouvoir d’en juger la fertilité face aux enjeux Réduisent l’autonomie et la capacité à agir par nous-même et en pleine conscience face aux enjeux qu’on rencontre Être conscient de la pollution et du dérèglement climatique et avoir envie d’agir mais ne percevoir ou n’avoir aucune autre solution que la voiture pour se déplacer
Outils qui empouvoirisent les personnes Outil convivial Sont appropriables et adaptables par chaque personne et pour chaque enjeu Augmentent l’autonomie à agir par nous-même et en pleine conscience C’est ce qu’on retrouve aux principes fondamentaux de la low tech que nous vous décrivons dans ce dictionnaire.

Cette distinction amène à une réflexion significative vis-à-vis des outils afin qu’ils soient à la fois décidés dans un cadre démocratique, pour ceux (nombreux) qui doivent être produits par la société, que ce soit par un Etat ou une entreprise, et appropriés dans les cadres individuels et collectifs afin qu’ils ne s’imposent pas aux personnes, sans consentement, et sans pouvoir d’en juger la fertilité face aux enjeux qu’elles rencontrent dans la vie.

La convivialité est pleine et entière dans une société où le dialogue (partage, échange, entraide…) est fort autour des outils afin que personne ne soit isolé (et dominé) par un outil, et perde son autonomie et son pouvoir d’agir. C’est ce qui a inspiré, pour garder notre exemple du vélo, les ateliers d’auto-réparation vélo qui développent la vélonomie par le partage entre pairs : la capacité à s’approprier son vélo, le réparer en cas de besoin, voire le modifier pour qu’il soit adapté à sa pratique.

À partir de ce concept, Illich se lance dans une critique systémique de la société industrielle : urbanisme, santé, éducation, énergie… afin de montrer comment la production des outils (services publics ou biens et services privés) a été appropriée par des puissances concentrées (Etat et entreprises capitalistes) et que les personnes ont perdu leur autonomie et leur pouvoir d’appropriation dans de nombreux domaines.

Et quand on est en évolution professionnelle ? Si vous êtes en évolution professionnelle, cette notion de convivialité est très intéressante pour penser les alternatives radicales qui sont développées face aux urgences écologiques et sociales afin qu’elles répondent aux critères d’un outil convivial :

  • ne pas dégrader la capacité d’autonomie personnelle en se rendant indispensable
  • ne susciter ni esclave, ni maître en créant un rapport de domination
  • élargir le rayon d’action et la capacité d’action des personnes en renforçant leur pouvoir d’agir

C’est valable pour un outil (comme le Vélo’v, évoqué plus haut) mais aussi pour un service comme une formation. Ainsi, dès le début en 2020 du développement de notre programme Nouvelles Voies, nous avons tenté de respecter autant que possible ces principes :

  • Aucune sélection, mais un accompagnement au discernement en rendez-vous d’orientation, afin de savoir si Nouvelles Voies est le dispositif adapté pour accompagner le parcours d’évolution de la personne, renforcer son pouvoir d’agir avec des compétences et connaissances appropriables aux terrains de la transition écologique et des solidarités…
  • Aucune évaluation avec vocation de valider ou d’invalider la formation, mais un accompagnement à s’auto-évaluer pour voir comment progresser pour être à la hauteur des actions qu’on souhaite mener ou se réorienter vers d’autres actions, à travers le mémoire professionnel mais aussi les missions de terrain qui sont accompagnées collectivement et individuellement.
  • Une logique d’embarquement dans la transition écologique et les solidarités : la légitimité des formateurs et formatrices, accompagnateurs et accompagnatrices, est d’allier des expertises avec des expériences de terrain en associations, entreprises et institutions qui portent la transition dans la région lyonnaise et au-delà. Leur mission est d’enseigner, de témoigner, de partager pour accueillir et embarquer les apprenants et apprenantes sur les terrains qu’ils vivent au quotidien.

Vers une société conviviale : des espaces en action(s)

La construction d’une société conviviale nécessite que nous multipliions à la fois les outils conviviaux mais aussi des espaces de convivialité qui renforcent le pouvoir d’agir de chacun et chacune : par des formations, des ateliers pratiques, des temps d’échange, des accompagnements personnalisés…

Ces espaces de convivialité sont déjà nombreux, il peut s’agir d’un espace d’échange, d’entraide, de repos entre parents comme La Cause des Parents à Villeurbanne, de lieux de bricolage, bidouillage, fabrication comme les fablabs, des associations d’accompagnement comme la Pépinière d’Anciela, des structures de mutualisation comme Cagibig pour le matériel, le Grap pour les alternatives alimentaires écologiques, les fermes partagées pour le monde agricole ou Locaux Motiv’ pour les locaux pour donner quelques exemples parmi des centaines à Lyon, et des milliers en France !

De nombreux tiers-lieux répondent à ces objectifs, on vous en présente 25 rien que sur Lyon dans notre article 25 tiers-lieux écolos et solidaires pour s’inspirer dans sa transition pro

Décroissance

Pour décrypter ce concept historique, provocateur et utile pour penser une (réelle) transition

Remis au goût du jour par Timothée Parrique, la décroissance est une idée qui naît dans les années 60 et 70 autour d’auteurs et d’autrices critiques du développement de la société de (sur)consommation et des déploiements du capitalisme industriel. Issus de différents courants politiques, spirituels et scientifiques, ils ne constituent pas un mouvement politique structuré, mais une constellation de pensées riches en diversité, unies dans la critique d’une société où le matérialisme et la recherche de croissance économique abîment les sociétés humaines et la nature. Décryptage de ce mot qui attire autant qu’il révulse.

Un mot-obus pour casser le mythe de la croissance

Dans les premiers textes qui la mobilisent, comme dans La décroissance de Nicholas Georgescu-Roegen, la décroissance est une notion de mathématiques et d’économie. Elle mobilise le principe d’entropie, qui dans le contexte du développement économique annonce une dégradation des ressources écologiques et énergétiques nécessaires à la croissance. Cette idée sera résumée ensuite par le célèbre slogan Pas de croissance infinie dans une planète finie.

Cependant, dès les années 70, des philosophes, économistes, sociologues, politologues, s’emparent de cette notion pour critiquer le développement du capitalisme et le mythe de la croissance économique (comme source universelle du bien-être dans la société moderne) et leurs limites sociales, écologiques et économiques. À côté de mots positifs et désirables qu’ils imaginent comme la convivialité chez Ivan Illich, le mot de décroissance devient ce que Serge Latouche nomme un mot-obus : un mot qui doit provoquer, émouvoir, frapper les consciences pour fracasser le mur des évidences ou des tabous.

Dans une société des années 70 et 80, pour qui la croissance économique est désirable, positive, fertile, nécessaire, un mot comme la décroissance interpelle et provoque de vifs rejets. Des rejets que ce mot provoque encore aujourd’hui, et à raison : sa vocation n’est pas d’être aimé, mais de créer un espace politique, scientifique, médiatique pour que d’autres notions, positives, émergent et attirent. C’est ainsi que la notion, plus consensuelle, de post-croissance, a émergé.

Un monde post-croissance : un monde sans emploi ?

La peur qui naît dans les esprits, bien aidés par de pseudo-experts en économie qui passent plus de temps sur les plateaux télé qu’à lire, étudier, chercher dans les sciences qu’ils promettent de vulgariser, c’est qu’un monde post-croissance, c’est un monde sans emploi. Pour ne pas dire un retour à la bougie !

Une société post-croissance n’est pas une société sans richesse

La croissance n’est pas la production de richesse, ce qu’on appelle le PIB, ou Produit Intérieur Brut, c’est la croissance annuelle de cette production. C’est le toujours plus.

La notion de post-croissance reconnaît qu’une période de croissance a été nécessaire à notre société, et est toujours nécessaire à certaines sociétés, mais que les bénéfices qu’elle apporte aujourd’hui ne sont plus suffisants par rapport aux dégâts écologiques et humains qu’elle produit. Cette situation n’est pas inattendue, tous les économistes libéraux du XIXe au XXe ont pensé cette période où la croissance et le développement ne seraient plus possibles (pour les pessimistes) ou nécessaires (pour les optimistes) !

Loin de paniquer un économiste comme John Maynard Keynes, cette fin de la croissance économique signifie pour lui, une décroissance significative du temps consacré au travail obligatoire, et une croissance du temps consacré à ce qui nous accomplit : prendre soin de nos enfants et de nos proches, nourrir ses vocations culturelles, intellectuelles, morales, en un mot s’épanouir. C’est ce que Karl Marx appelle, lui, la fin de la préhistoire humaine : ce temps (que nous vivons encore) où nos actions sont liées à la lutte contre la nécessité physique et économique.

D’autres emplois : réparer, protéger, restaurer, accompagner, former…

Alors que le travail productif que nous connaissons (agriculture, sécurité, santé, éducation, artisanat, industrie…) sera toujours une réalité dans la société post-croissance, d’autres emplois se développent face aux impératifs écologiques et solidaires.

Ainsi dans une société où on ne surproduit plus de biens matériels, il faut davantage les réparer.

  • Dans une société où la nature a été très abîmée, il faut protéger, nettoyer et restaurer.
  • Dans une société où nous devons être capables de mieux prendre soin de notre santé, celle de nos objets et celle de la nature, nous avons besoin de personnes pour nous former, conseiller, accompagner
  • Dans une société qui souhaite réellement lutter contre les inégalités, injustices, violences, nous aurons besoin de plus de personnes pour protéger, soigner, juger, défendre.
  • Dans une société où nos paysages et la biodiversité sont détruits par une agriculture industrielle, nous aurons besoin de paysans et paysannes de nature (comme proposé par la LPO) et de celles et ceux qui les accompagnent de la fourche à la fourchette.

En d’autres mots, ce sont des centaines de milliers de nouveaux métiers qui sont à créer pour construire une société écologique, solidaire et conviviale.

Un exemple ? Les éco-gardiens, imaginés par Eisenia, une association lyonnaise qui promeut (au départ) le lombricompostage. Leur mission ? Être les gardiens d’immeuble moderne qui allient écologie avec une animation du lombricompostage, une récupération des encombrants, une aide au tri ou encore du jardinage participatif, et convivialité, avec une animation d’immeuble et une attention particulière aux personnes isolées ou vulnérables. Et ça marche déjà !

D’autres activités en dehors du marché : éducation, soin, arts, et bien d’autres choses !

La société post-croissance est une société du temps libéré, libéré du (sur)travail, mais aussi des activités de (sur)consommation, où chaque personne peut employer son temps à des activités qui ont réellement du sens pour elle. Ce qui ne veut pas dire ne rien faire (au contraire) !

C’est dans cette perspective qu’œuvre Ivan Illich dans son ouvrage La convivialité, que nous décrivons dans le dictionnaire. Comme nous sommes des êtres particulièrement sociaux, le temps libéré peut être guidé vers des actions qui nourrissent la société et nous nourrissent de moments forts, vivants, fertiles :

  • davantage d’autonomie personnelle pour comprendre, agir, créer… en apprenant de nouvelles pratiques (cuisine, soin, éducation, réparation, écriture… la liste est infinie)
  • davantage de partage, d’échange pour s’enrichir les uns des autres, dans des espaces dédiés à des activités (sport, théâtre, poésie, ornithologie, restauration du patrimoine…) ou de vie (quartier, immeuble…)
  • davantage d’entraide pour que les difficultés de celles et ceux qui en ont besoin soient soulagées dans un contexte où la famille est parfois loin : parents solo, personnes isolées ou vulnérables, nouveaux arrivants, jeunes en difficulté scolaire, étudiants en précarité… La liste des solidarités auxquelles nous pouvons nous consacrer seuls ou en association est très longue !

Quelles initiatives post-croissance pour mon évolution professionnelle

Il n’y a pas de liste officielle ni de manuel des métiers post-croissance. Ce serait un exercice impossible tant il y en a encore à inventer ! Quelques grands ensembles d’activités nous aident à identifier les axes clés d’une société écologique et solidaire, libérée de la surconsommation et recentrée sur la recherche du beau, du bien et du bon :

  • Les activités qui réduisent le gaspillage écologique : déconsommation grâce à la mutualisation, à la location ou à des ateliers et formations pour réussir à consommer moins et mieux, économie (réellement) circulaire grâce à la réparation, au réemploi ou à la réutilisation ou des alternatives plus sobres à des biens existants.
  • Les activités qui protègent, dépolluent, restaurent la nature et la biodiversité mais aussi qui créent des espaces de médiation entre la nature et les humains : écointerprétariat, animation et accompagnement dans la nature, formation et information sur la biodiversité…
  • Les activités qui soignent, aident, luttent contre les inégalités et les vulnérabilités : éducation à tous les âges, soins médicaux, réseaux entraide, action sociale, insertion socioprofessionnelle…

[Ressource utile]Retrouvez des métiers et celles et ceux qui les pratiquent dans notre article 65 parcours d’évolution professionnelle écologique et solidaire.

Économie de la transition

Pour mobiliser un mot-valise fertile dans la sélection des initiatives où s’engager

L’économie de la transition est un mot-valise (un mot où chacun met ce qu’il veut dedans, même si c’est souvent un peu la même chose) que nous mobilisons dans notre institut pour décrire une économie de la bascule (ou du pivot) vers une société écologique et solidaire.

Elle ne correspond ni aux emplois verts ou verdissants ni aux structures d’économie sociale et solidaire qu’on vous décrit dans deux articles de ce dictionnaire, ni à un secteur d’activité en particulier. La mission de cette notion, pour nous, c’est de rassembler les associations, entreprises et institutions qui sont (réellement) fers de lance de la transition écologique et solidaire de notre société.

À ce titre, c’est une notion ouverte qui invite au discernement : chacun est libre de mettre les initiatives qui lui semblent porteuses de la transition. Nous n’aurons pas toutes et tous les mêmes critères, et ainsi le même périmètre, pour y inclure ou en exclure des initiatives. Ce qui compte, c’est de s’exercer à une réflexion critique pour savoir si oui, ou non, une initiative participe effectivement à la transition écologique à la hauteur des enjeux. On en dit plus dans le mot “alternatives radicales” de ce dictionnaire.

Et quand on est en évolution professionnelle vers la transition écologique et solidaire ? Cette notion vous aide à distinguer entre les initiatives fertiles où engager votre énergie et les initiatives qui ne sont pas à la hauteur des enjeux ou qui ne participent pas effectivement et sincèrement à la transition. C’est un bon outil pour ne pas être déçu par les perspectives d’utilité et d’impact après votre évolution.

On peut ainsi diviser cette économie de la transition en deux ensembles :

  1. Les alternatives radicales et les structures qui les soutiennent dans leur développement
  2. Les initiatives d’accompagnement de la transition des personnes, des entreprises et des territoires.

1. Les alternatives radicales : nouveaux usages, produits et pratiques

Les alternatives radicales : des alternatives à aider à grandir et à faire gagner

Nous décrivons les alternatives radicales dans un article de ce dictionnaire. Ce sont les alternatives qui vont réellement à la racine du ou des défis qu’elles affrontent. Elles se substituent à un usage, un produit ou une pratique ancienne avec une proposition écologique, sobre, solidaire.

Un exemple connu ? En ville, le vélo est une alternative radicale à la voiture thermique. Ce n’est pas le cas de la voiture électrique qui répond à certains enjeux en France, comme la pollution atmosphérique, mais qui est extrêmement polluante à produire et à gérer en fin de vie, et qui maintient une pression urbaine qui rend la ville toujours aussi pénible pour les piétons et les cyclistes.

Et quand on est en évolution professionnelle ? Ces alternatives se développent. Certaines sont en train d’émerger et démontrer leur utilité, d’autres de se déployer pour démontrer leur viabilité économique au-delà des premiers convaincus, d’autres enfin sont dans une phase de massification afin de toucher tout le monde, comme c’est le cas du vélo ou de la bio. Quand on est en évolution professionnelle, avec une expérience déjà riche, des compétences et une envie d’agir et d’être utile, on peut apporter une aide précieuse au développement de ces alternatives en s’y engageant professionnellement

Accompagnement des alternatives : incubateurs, financeurs, organismes de formation…

À côté de ces alternatives, une variété d’acteurs existent pour les accompagner :

  • des incubateurs comme Ronalpia et Alter’incub en région Aura pour accompagner la phase d’émergence
  • des financeurs comme France Active ou le Réseau Initiative pour aider au déploiement
  • des accélérateurs comme le 107 à Lyon
  • de nombreux réseaux, comme les CRESS, les Urscop pour les coopératives, les Graines pour les structures d’éducation à la nature et à la transition écologique
  • des réseaux thématiques, leur apportent des ressources à toutes les phases.
  • un écosystème dense d’indépendants qui apportent leurs expertises et expériences aux acteurs.

Et quand on est en évolution professionnelle ? Si vous n’avez pas envie de vous investir à 100% dans une structure ou si vous avez envie de découvrir et d’apporter votre aide à de nombreuses alternatives, le choix d’un investissement dans un réseau, un incubateur, un accélérateur ou un acteur de la finance de projets d’utilité sociale pourrait être une bonne idée ! Attention cependant à deux points :

  • La quête de sens. La plupart de ces acteurs n’accompagnent pas que des structures que vous auriez classées dans les alternatives radicales. Vous ne serez probablement pas convaincu par toutes celles que vous devrez aider, accompagner, former, soutenir, financer…
  • La quête d’utilité. Si accompagner donne la possibilité de découvrir de nombreuses structures, de dialoguer avec leurs fondateurs et fondatrices, de participer à leur développement, c’est une mission qui est à une certaine distance du terrain. Il y a un risque que vous ne ressentiez pas assez directement votre utilité, et ainsi que cela réveille votre quête d’utilité – comme évoqué dans notre article : Ma boussole et les 5 quêtes du (ré)engagement professionnel.

2. Les initiatives d’accompagnement de la transition

Si les alternatives radicales se substituent à des usages, des produits ou des pratiques, les initiatives d’accompagnement de la transition ont vocation à encourager, faciliter, soutenir le processus d’adoption de ces produits, usages et pratiques. Elles interviennent auprès de trois types d’acteurs : les personnes, les entreprises (mais aussi les associations et les institutions) et les territoires.

Ce sont des acteurs tout à fait complémentaires et indissociables des alternatives radicales, sans elles, ces alternatives ne trouveraient potentiellement pas leur(s) public(s) et sans alternatives radicales, elles n’auraient pas de solutions à proposer dans leurs actions et dans leurs accompagnements.

1. Sensibilisation, éducation, accompagnement des personnes

Premier ensemble d’acteurs, les initiatives qui sensibilisent, éduquent et accompagnent des personnes à changer d’habitudes, de pratiques, de mode de consommation ou de mode de vie. Leur mission ? Aider chacun et chacune à avoir une vie en cohérence avec les enjeux de préservation de la biodiversité, la lutte contre le dérèglement climatique et la construction d’une société plus solidaire, conviviale et inclusive.

Parmi les plus connues, la Fresque du Climat ou la Fresque de la Biodiversité, 2 tonnes, mais ce sont des associations de taille modeste en comparaison des associations naturalistes comme FNE ou la LPO qui agissent dans tous les territoires auprès d’adultes comme d’enfants. Aujourd’hui, une diversité croissante d’associations, et plus rarement d’entreprises, émerge et se développe pour proposer de nouvelles approches, s’attaquer à de nouveaux sujets, creuser des angles particuliers. C’est le cas par exemple de Des Espèces Parmi’Lyon, jeune pousse naturaliste, qui s’est spécialisée sur la renaturation et le réensauvagement de la ville.

Et quand on est en évolution professionnelle ? Ces associations recherchent des personnes sur des fonctions d’animation, de médiation ou d’éducation, mais aussi de coordination, de communication et sur des fonctions supports comme la coordination administrative et financière.

💡 Point de vigilance : la mission d’éducation ou de sensibilisation amène à être confronté à une diversité de publics qu’on essaie de mettre en mouvement, et dans la plupart des cas, on n’a pas la possibilité de voir le résultat de nos actions. Si vous allez dans cette direction, c’est un point à travailler pour ne pas être frustré par cette expérience.

2. Accompagnement des entreprises en transition : Bilan carbone, RSE, ACV, Eco-conception…

En pleine expansion, les structures qui accompagnent les entreprises (mais aussi de grandes associations et les institutions publiques) dans leur transition écologique, forment un écosystème qui apporte des réponses à une variété d’enjeux. Passage en revue des différents types d’accompagnement classique.

  • L’accompagnement à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) qui apporte aux entreprises une expertise sur les enjeux de la transition écologique, des solidarités ou encore des actions d’inclusion sociale. Il s’accompagne de conseils sur la pratique du changement sur ces mêmes enjeux voire d’une aide à structurer la politique RSE de la structure. Obligatoire dans les grandes entreprises, la RSE est aussi appropriée dans des petites et moyennes entreprises qui souhaitent aller plus loin. Attention cependant, la RSE a des limites actuellement, on vous en parle dans notre article qui lui est dédié dans ce dictionnaire.
  • La mise en œuvre d’un bilan carbone qui permet aux structures de se situer en termes d’émission de gaz à effet de serre, d’identifier les postes clés et de mettre en œuvre (ou renforcer) la réduction de ces émissions. Aujourd’hui, c’est devenu une étape obligatoire pour un nombre croissant d’organisations, mais elle n’est pas toujours suivie d’actions et ainsi d’effets significatifs, ce qui peut induire une certaine frustration.
  • La mise en œuvre d’une analyse de cycle de vie (ACV) qui permet aux structures d’analyser la vie d’un de leurs produits (bien ou services) afin d’identifier les effets négatifs qu’il peut avoir essentiellement en termes écologiques. C’est une étape indispensable pour amener des évolutions réellement efficaces dans la conception et le développement des produits et des services. Cependant, comme pour toute activité de conseil, rien ne garantit que les études donnent lieu à des actions, ni qu’on en voit la réalisation – même si elle a bien lieu. C’est une frustration qu’il faut réussir à appréhender et dépasser si on veut durer !
  • L’accompagnement à éco-concevoir des produits vise à participer à la conception éco-responsable (en tout cas plus écologique) des biens et des services. C’est une mission technique, souvent confiée à des personnes issues de parcours de design ou d’ingénierie. Elle est particulièrement fertile dans le cadre d’alternatives radicales qui cherchent le mieux-disant écologique et social, ou d’entreprises qui sont dans un sincère désir de transformation. Comme pour les autres pratiques, elle peut être frustrante si les ambitions ne sont pas à la hauteur des enjeux.
  • L’accompagnement à la transition écologique sur un enjeu spécifique : restauration éco-responsable, réduction des consommations d’énergie, jardinage écologique des espaces verts, finance éthique… Des initiatives très spécialisées se sont développées, encouragées par la prise en main croissante des enjeux écologiques par les entreprises et souvent sollicitées par les acteurs généralistes, en lien avec la RSE.

D’autres modes d’action existent, comme la formation professionnelle, ce que propose notre institut dans le cadre de Transition tout terrain, dans les Alec ou d’autres associations thématiques, dans les chambres consulaires (CCI, CMA…) ou encore les clusters (comme Éco-bâtiment) ou des réseaux d’acteurs qui cherchent à progresser ensemble.

Et quand on est en évolution professionnelle ? L’accompagnement à la transition écologique des organisations se retrouve dans les parcours d’évolution professionnelle suivant deux logiques :

  1. En début d’évolution, pour des personnes qui disposent de compétences cohérentes avec les besoins techniques en ACV ou Bilan Carbone (ingénierie, design…) ou qui ont commencé à mener des actions au sein de démarches de RSE ou en autonomie, comme les ambassadeurs du changement d’Anciela. C’est alors souvent un tremplin avant d’aller plus loin dans son évolution professionnelle, soit en s’engageant dans des alternatives radicales, soit en intégrant une organisation dans une démarche réelle et sincère de transition.
  2. Dans une démarche structurée, après avoir validé que la démarche de conseil et d’accompagnement est une source d’épanouissement, certains et certaines décident de s’y investir pleinement. Le défi, alors, consiste à trouver la configuration pour avoir des accompagnements réellement utiles et fertiles. Cela passe par une recherche de la meilleure entreprise de conseil, ou par la création de sa propre activité afin de ne cibler ou d’accepter seulement des missions qui seront à la hauteur des enjeux.

3. Accompagnement des territoires en transition

De même qu’il existe des structures pour accompagner les entreprises, on trouve des cabinets de conseil et des bureaux d’études comme le Cerema, qui accompagnent les collectivités territoriales et les institutions publiques dans la mise en œuvre de politiques de transition.

À leur côté, on trouve des associations qui proposent des accompagnements sur des thèmes précis, comme les Alec, déjà évoquées, sur les enjeux énergétiques, ou portent un plaidoyer local ou national pour proposer des solutions en faveur de la transition et accompagner les acteurs à les mettre en œuvre.

Enfin, des institutions publiques sont chargées d’accompagner les territoires : Ademe, ARS, Agences de l’Eau… Elles ont une forte capacité d’action, mais sont aussi très hiérarchisées et structurées, si vous aimez être autonome et porter des actions immédiatement utiles, il faudra bien vous assurer que la mission pour laquelle vous vous engagez vous le permet !

Économie circulaire et zéro déchet

Pour faire le point sur un secteur en ébullition où il faut faire du tri pour trouver les vraies solutions

L’économie circulaire connaît une popularité croissante depuis 10 ans, dans la vague du mouvement Zéro Waste qui défend la transition vers une société (presque) zéro déchet. Cependant, cette économie existe depuis toujours, à plus forte raison en période de tension sur les ressources naturelles. C’est à partir des années 60 que s’est développée une économie de plus en plus linéaire, portée par une énergie et des matières premières à bas coût et par le développement des dérivés du plastique. Avec des conséquences écologiques, sanitaires et sociales désastreuses qui ont remis d’actualité le principe de circularité.

Cependant, comme autrefois le développement durable qu’elle a remplacé dans la bouche des décideurs et décideuses en entreprises comme dans les institutions, elle masque une diversité de solutions qui ne sont pas toutes à la hauteur des enjeux comme le dénonce Flore Berlingen, co-fondatrice de Zéro Waste France dans son livre Recyclage : le grand enfumage. Un décryptage s’impose !

Le cercle contre la ligne : histoire d’une économie d’avenir

Les années 60, avec leur formidable développement économique et industriel, ont marqué la croissance d’un modèle économique basé sur la linéarité : on extrait des matières premières, on produit des objets pensés pour être les plus accessibles et durer de moins en moins longtemps et dès qu’ils sont hors d’usage, on procède à leur destruction soit par une incinération, soit par une mise en décharge.

Le développement des incinérateurs qui dans la France des années 80 remplacent des décharges aux conséquences écologiques et sanitaires désastreuses provoquent des luttes locales et la naissance du CNIID, pour Centre National Indépendant d’Information sur les Déchets, devenu Zéro Waste en 2014. L’association popularise alors les solutions circulaires afin de réduire la pression du volume de déchets produits, mais aussi de critiquer la sur-consommation et la sur-production qui en sont la première source.

C’est d’abord le recyclage qui rentre dans notre quotidien, décrit dès le début comme la moins mauvaise des solutions en raison de ses coûts écologiques et du gaspillage d’énergie comme de matière première qu’il représente. Recyclage : le grand enfumage donne toutes les clés pour le comprendre, mais si vous préférez les BD, Anne Belot propose un décryptage pédagogique dans Déchet Land.

Et depuis les années 2010, une ambition importante a été impulsée par les institutions pour aller vers des pratiques plus économes et écologiques : la réduction des déchets à la source, notre consommation et les consommations intermédiaires des entreprises, la réparation et le réemploi bien plus efficaces que le recyclage car ils conservent les produits intacts.

Un cercle imparfait : avoir des bons points de vigilance

5R : ne pas oublier les priorités

Ainsi, quand on parle d’économie circulaire, c’est la globalité des solutions pour diminuer la quantité de déchets qui termine dans les incinérateurs qu’on englobe. Elle est souvent décrite par 5R (ou 3 si vous ne mettez pas la réparation et le retour à la terre) : réduire, réemployer, réparer, retour à la terre et recycler.

L’ordre n’est pas sans importance, il décrit une logique de priorité. La première priorité est de réduire, à la fois les déchets complémentaires (sur-emballage, publicités papier, gaspillages divers comme papier ou alimentaire…) et la sur-consommation et la sur-production d’objets, a fortiori de moindre qualité qui sont victimes d’obsolescence, qu’elle soit programmée ou le résultat de la course au moins cher. C’est dans cet esprit qu’est né le slogan : le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas.

Le réemploi et la réparation sont aussi décisifs pour lutter contre le gaspillage. Ils permettent de donner plusieurs vies à un même produit. Pour aller encore plus loin, la mutualisation et la location proposent des modèles souvent très vertueux… mais pas toujours !

Attention aux effets rebond : priorité à la réduction des consommations !

La notion d’effet rebond décrit une situation par laquelle une action a priori écologique produit un effet inattendu qui aggrave tendanciellement la situation. Le cas le plus connu est sans doute celui de la célèbre plateforme de seconde main qui a connu une popularité importante à partir des années 2020 : il est bien plus écologique de prendre un vêtement de seconde main que d’acheter neuf, par contre, si je remplace quelques achats neufs par des dizaines d’achats de seconde main à travers la France voire au-delà, qui sont livrés individuellement, alors le coût écologique explose !

L’économie circulaire, même dans le réemploi n’est pas exempte d’effets rebond. Il est indispensable d’y être vigilant : en tant que consommateurs et consommatrices, en tant qu’association qui promeut des solutions, en tant qu’organisation qui les développe ou en tant qu’institution qui les valide et les facilite. Mais aussi… en tant que futur·e salarié·e dans le monde des associations et entreprises de la transition !

Et quand on est en évolution professionnelle ?

L’économie circulaire est un mouvement attractif quand on évolue pour mobiliser ses compétences face aux urgences écologiques mais aussi sociales. C’est particulièrement le cas quand on vient du monde des entreprises, avec un parcours en ingénierie, design ou encore au marketing et à la communication.

Cette attraction est positive, car c’est une économie riche en associations et en entreprises alternatives qui connaissent des aventures entrepreneuriales passionnantes à vivre ! Cependant, c’est aussi une économie qui fourmille de solutions (trop) imparfaites et de projets à côté de la plaque. Une solution : être vigilant et vigilante ! Et toujours appliquer une grille d’analyse pour se décider :

  • Est-ce que cette solution répond réellement à un besoin ?
  • Est-ce qu’elle est une des mieux-disantes en termes écologique et solidaire ?
  • Est-ce qu’elle présente des risques d’effet rebond et est-ce qu’il y a une volonté de les prévenir ?
  • Est-ce qu’il y a une démarche écologique sincère chez les dirigeants et dirigeantes ?

Il ne suffit pas, ainsi, de se dire que le réemploi est mieux que le recyclage. Une plateforme numérique qui accélère (volontairement) les achats-ventes sera bien moins écologique qu’une entreprise comme Elise Lyon, pour donner un exemple, qui est dans le recyclage mais œuvre à la réduction des déchets au sein des entreprises en les accompagnant réellement dans cette perspective.

Besoin d’aide pour analyser les solutions ? Pensez aux associations ou aux personnes expérimentées (qu’on appelle personnes référentes) à qui vous pouvez poser des questions ou demander un décryptage !

Économie sociale et solidaire (ESS)

Pour se plonger dans un monde riche en alternatives écologiques et sociales

L’économie sociale et solidaire ou ESS (pour les initiés) est dans toutes les bouches dès lors qu’on parle de donner du sens à sa vie professionnelle et d’agir face aux urgences sociales et écologiques. Alors qu’est-ce qui se cache derrière ? Est-ce le mot-clé à avoir en tête pour trouver votre job d’avenir ?

L’ESS : une histoire longue de deux siècles

L’ESS existe depuis deux siècles comme une alternative humaine et coopérative face au développement du capitalisme. On la retrouve dans les coopératives d’artisanat et de production qui germent à travers la France du 19e, dans les mutuelles ouvrières qui essaiment au début du 20e, dans les coopératives de consommateurs qui apparaissent dans les villes…

Après un demi-siècle de développement à bas bruit après-guerre, c’est dans les années 80 et 90 qu’elle connaît un renouveau pour répondre d’abord aux urgences sociales puis écologiques que connaît notre société. Et c’est en 2014, avec la Loi Hamon, qu’elle trouve son périmètre actuel. Face au capitalisme qui concentre les pouvoirs et les richesses, cette économie propose un partage des pouvoirs avec une gouvernance participative, une lucrativité limitée ou nulle au service d’une mission d’utilité sociale ou d’intérêt général.

L’ESS : des statuts engagés et engageants

L’ESS est basée en premier lieu sur des statuts, on y retrouve ainsi associations, Sociétés coopérative de production (Scop), Sociétés coopérative d’intérêt collectif (Scic), nées en 2001 et qui connaissent aujourd’hui un développement sans précédent, fondations et mutuelles. On retrouve aussi tout le monde des structures d’insertion, avec la diversité de leurs statuts. Et depuis la Loi Hamon, les Entreprises solidaires d’utilité sociale (ESUS), un statut plus souple et moins contraignant qui crée un pont entre entreprises classiques (souvent de petites tailles) et ESS.

🚨 Attention ! Les entreprises à mission ne sont pas d’ESS, et n’offrent aucune des garanties fondamentales des statuts d’ESS.

Et quand on est en évolution professionnelle ?

Cette économie est sans aucun doute le terreau fertile de nombre d’initiatives, associations et entreprises qui rendent notre société plus écologique, solidaire et démocratique.

L’ESS se structure dans une diversité de réseaux nationaux, régionaux et locaux pour trouver des structures intéressantes (et leur contact) inscrites dans leur annuaire. Parmi ces réseaux : les CRESS et les URSCOP, mais aussi les Graines (éducation à la nature et à la transition écologique) ou le Mouvement associatif. On retrouve aussi des structures récentes tournées vers ce qu’on appelle les entreprises à impact (ou entrepreneuriat social) avec Impact France.

🚨 Attention : statut n’est pas vertu !

Les différents statuts (associations, coopératives, mutuelles, fondations…) ne garantissent pas un engagement et une éthique à toute épreuve : on peut y retrouver des fondations d’entreprises adeptes du greenwashing, des associations qui n’ont plus de projet associatif solide ou encore des mutuelles qui ont perdu leurs valeurs éthiques. Les exemples ne manquent pas !

C’est à vous de rester vigilant et vigilante pour vous assurer que telle ou telle structure d’ESS est bien à la hauteur des valeurs que vous portez. Pensez aux personnes référentes avec qui échanger pour vous aider à décrypter la réalité derrière les statuts et les discours, comme on vous le partage dans notre mot Alternatives (radicales) de ce dictionnaire.

Emplois verts et verdissants

Pour distinguer la pertinence des mots dans un processus d’évolution écologique et solidaire

Lorsqu’on commence à s’intéresser aux boulots engagés et écolos, on ne peut pas passer à côté de la notion d’économie verte ou celle d’emplois verts et verdissants. On trouve une variété d’études prospectives (Ademe, Ministère de la transition écologique…) qui nous annoncent un million d’emplois verts d’ici 2050. Qu’en est-il ? Ou plutôt que sont réellement ces emplois verts et verdissants ? Petit manuel de décryptage pour travailler dans des métiers écologiques et solidaires.

Économie et emplois verts : une lecture statistique de la transition

L’économie verte, ce n’est pas un secteur d’activité ni une labellisation pour une activité (ou une entreprise) particulièrement écologique et solidaire. C’est un ensemble de secteurs clés pour la transition : rénovation, déchets, mobilité, espaces verts, eau… C’est une notion importante car elle montre les secteurs qui sont au cœur de la transition.

Cependant, ce n’est qu’un outil statistique pour décrire les grandes évolutions des secteurs d’activité. On retrouve ainsi, en son sein, nombre d’acteurs et d’entreprises multinationales qui ne sont pas réellement (ou même pas du tout) compatibles aujourd’hui avec une réelle transition écologique et solidaire. Ainsi, on peut être dans un emploi vert et ne pas servir (ou pas assez) la transition.

Et quand on est en évolution professionnelle ? Quand on souhaite évoluer pour donner du sens à ses compétences, c’est bien vers des alternatives réellement écologiques et solidaires vers lesquelles on a envie (et on doit) de se diriger pour participer réellement et efficacement à la transition de notre société. On vous renvoie à la définition d’Alternatives (radicales) de ce dictionnaire pour en savoir plus !

Économie et emplois verdissants : une nécessaire transition de toute la société

L’économie et les emplois verdissants décrivent les emplois classiques qui doivent entrer en transition pour être à la hauteur des urgences écologiques et sociales. Restauration, éducation, santé, agriculture, tourisme, industries… Tous les secteurs sont concernés à des degrés divers !

Dans certains cas, il s’agit d’adaptations marginales ou significatives comme pour les enseignants et enseignantes qui voient leurs programmes (et leurs discours) évoluer, ou les restaurateurs et restauratrices qui doivent changer leurs approvisionnements (vers de la bio paysanne) et leurs recettes pour intégrer une baisse significative des viandes et produits laitiers. Dans d’autres cas, comme dans les industries ou le tourisme, c’est une transformation significative des offres, voire des modèles économiques qui doivent s’opérer.

Et quand on est en évolution professionnelle ? Quand on souhaite évoluer pour être plus utile face aux urgences écologiques et solidaires, participer au verdissement d’un secteur (en particulier celui dont on est issu) est particulièrement utile. Par contre, si votre quête d’utilité est forte, alors il faudra choisir des alternatives radicales qui innovent et développent des solutions qui verdissent effectivement un secteur.

Des exemples ? C’est le cas de Cléa, qui travaille désormais dans une coopérative qui développe la consigne de bouteilles et de bocaux, après avoir passé 20 ans dans les industries du verre, de Laurence qui continue de travailler dans la banque, mais dans une banque éthique ou encore de Virginie qui est passée d’un bailleur social au réemploi des matériaux du bâtiment. Industrie, construction, banque, trois exemples de secteurs qui doivent connaître un verdissement fort !

Découvrez leurs parcours (et leurs témoignages) dans notre article Nouvelles Voies et après : 65 parcours d’évolution pour la transition.

L’économie de la transition : une autre lecture de la bascule de notre économie

On vous en parle dans le mot dédié dans notre dictionnaire. L’économie de la transition regroupe des emplois verts ou verdissants dans des entreprises, associations et institutions qui cherchent des solutions réellement transformatrices de notre économie à la hauteur des urgences écologiques et sociales.

[Aller plus loin] Les emplois verts sont-ils vertueux ?

Low-tech

Pour appliquer une grille de discernement à toutes les solutions et à nos propres actions

Popularisée en France par Philippe Bihouix avec son livre L’Âge des low-tech, la notion de low-tech est devenue incontournable lorsqu’on parle de transition écologique et solidaire. Opposée au départ à la notion de high-tech, symbole du XXe siècle, elle se traduit souvent par « technologie douce » ou « rustique » mais sa portée s’étend à de nombreuses autres dimensions de notre société dominée par la quête de (sur)performance, de (sur)puissance et de (sur)croissance.

La low-tech n’est pas une technologie mais une approche. Elle vise à trouver des solutions aux enjeux et défis que nous rencontrons, en mobilisant le moins possible de ressources, d’énergie et de complexité technologique. Au-delà de ses dimensions techniques, elle a une portée politique et vise à questionner la création de besoin dans notre société.

Un exemple simple : si votre problème de ce matin, c’est de vous détendre et de vous distraire dans le métro, une approche high-tech vous offrira votre meilleure série sur votre portable grâce à la 5G, alors qu’une approche low-tech interrogera votre besoin, et vous encouragera à trouver une solution simple qui vous convient (et que vous maîtrisez) : un livre, une conversation avec votre voisin ou une plongée dans votre monde intérieur.

Une approche low-tech répond ainsi à plusieurs critères et constitue une grille de discernement (ou de techno-discernement) que vous pouvez mobiliser aussi bien pour le choix d’un objet, d’une activité mais aussi pour appréhender votre évolution professionnelle

  • L’efficience : on cherche à utiliser le moins de ressources, d’énergie et de technologie pour répondre à un besoin spécifique. Tromper son ennui dans le train ne devrait pas mobiliser autant de technologies, d’énergie et de compétences humaines que d’opérer à cœur ouvert !
  • L’appropriabilité : on cherche à ce que la pratique, technique ou technologie proposée soit le plus possible maîtrisable (dans son ensemble) par la personne qui s’en sert. C’est valable pour une technologie (ordinateur ou crayon) mais aussi pour des concepts politiques ou scientifiques. Il est préférable d’utiliser des mots qu’on comprend et qu’on maîtrise plutôt que d’utiliser ceux (même excellents) d’une personne experte sans être capable de les expliquer !
  • Autonomie et réparabilité : dans la suite logique de la notion d’appropriabilité, la réparabilité signifie que vous n’êtes pas (ou le moins possible) dépendant d’une puissance extérieure pour réparer, adapter, modifier la pratique, technique ou technologie que vous utilisez. Facile à dire, mais pas facile à faire aujourd’hui ! Le but n’est pas d’être parfait, mais d’aller vers le mieux, ce qui n’est pas la dynamique actuelle pour les objets de notre quotidien, en particulier les plus technologiques comme nos téléphones et nos voitures.

L’approche low-tech dans une démarche d’évolution professionnelle

L’approche low-tech a deux vertus différentes dans une démarche d’évolution professionnelle :

  • Vous aider à distinguer entre solutions réellement écologiques et solidaires (ce qu’on appelle des alternatives radicales dans ce dictionnaire) et des solutions inadaptées, en particulier liées à ce qu’on appelle le techno-solutionnisme : une augmentation du niveau de technologie face à tous les problèmes de notre société.
  • Vous aider à penser votre évolution pas à pas, en mode low-tech ! Par exemple, si vous vous questionnez sur le capitalisme (c’est une bonne idée) : ne lisez pas tous les livres de Karl Marx ou d’Ivan Illich ! Dans un premier temps, Wikipédia, des documentaires, des podcasts et des articles actuels vous aideront davantage à vous approprier leur vision que de les lire dans le texte. C’est pareil avec le choix d’une formation, ne vous lancez pas dans une formation très technique sur un sujet qui commence à vous intéresser, débutez par des premiers pas moins engageants !

Et dans notre institut ?

La mission de notre institut est d’accompagner celles et ceux que nous formons à devenir des artisans et des artisanes de la transition. Cette notion est inspirée d’une approche low-tech : il s’agit d’apprendre à résoudre les défis écologiques et solidaires à partir de nos situations, de nos valeurs et de nos cultures, avec nos compétences et ressources. On devra bidouiller et bricoler pour que nos solutions marchent (suffisamment) face à nos défis, dans nos contextes, nos entreprises, nos associations, nos territoires, plutôt que d’attendre une solution unique, parfaite, pensée par et pour des experts – qui n’existe pas.

Responsabilité sociétale des entreprises (RSE)

Pour connaître cette notion populaire, comprendre sa fertilité et identifier ses limites

La RSE, pour Responsabilité Sociétale (ou sociale) des Entreprises, ou RSO pour inclure toutes les organisations, est un mot qui envahit nos écrans au début des années 2000. Il est sans doute apparu tout de suite dès que vous avez commencé vos recherches pour évoluer vers des missions écologiques.

Un concept qui ne date pas d’hier !

Si on retrouve la notion de responsabilité morale d’une entreprise dès les prémices du capitalisme, c’est dans les années 60 qu’apparaissent les premières approches qui dépassent le devoir de philanthropie qui caractérisait le capitalisme d’héritiers aux Etats-Unis mais aussi en France. Peu connue alors, la RSE émerge avec les crises écologiques, en particulier lors des sommets internationaux, comme celui de Rio en 1992, où elle a été portée par des dirigeants de multinationales.

Souvent décriée pour son ancrage dans le monde des grandes entreprises, la RSE mérite d’être décryptée afin de comprendre sa fertilité et ses limites. Sans divulgâcher la suite de cette définition: non, la RSE ne change pas le monde, mais peut aider à mettre en mouvement des personnes et des organisations.

Et concrètement ?

La Responsabilité Sociétale des Entreprises désigne la prise en compte d’enjeux éthiques, au-delà des stricts enjeux de rentabilité, par une organisation, et en particulier, par une entreprise. Au départ rattachée à des fondations d’entreprises qui mobilisaient une partie des bénéfices pour des causes (souvent) en lien avec leurs activités, la RSE s’est incarnée dans des postes et des services internes aux entreprises à partir des années 2000. Sa vocation alors ? Amener des évolutions en entreprise : inclusion, bien-être, solidarité et écologie.

Ce que j’ai des chances de vivre si j’évolue vers un poste à la RSE…

De tous les témoignages que nous recueillons, une des missions où s’accomplissent les personnes en charge de la RSE, c’est celle d’agir sur le lieu de travail.

Des exemples ? Amener des évolutions sociales et écologiques dans les achats courants, mener des initiatives allant de menus végétariens aux refuges LPO en passant par des composteurs partagés, encourager davantage d’inclusion et de diversité ou encore sensibiliser ses collègues aux modes de vie écologiques.

Si amener du changement dans la vision et la vie de vos collègues (sur le lieu de travail et au-delà) vous parle, si vous avez envie d’utiliser votre lieu de travail comme un laboratoire de la transition, alors un poste à la RSE dans une entreprise qui vous en donne les moyens vous plaira !

Ce que j’ai peu de chance de vivre si j’évolue vers un poste à la RSE…

Ce qui est rare (pour ne pas dire exceptionnel) dans les postes dédiés à la RSE, c’est d’avoir la possibilité d’influencer les activités productives de son entreprise. Souvent rattachée aux directions de la communication ou des ressources humaines, la RSE ne touche pas (ou peu) au cœur de métier des entreprises et n’intervient pas dans la nécessaire bascule des modèles économiques de ces dernières. Si vous avez envie de faire changer les entreprises, ce n’est probablement pas à la RSE que vous trouverez votre utilité !

Et devenir consultant ou consultante RSE ?

Depuis une vingtaine d’années, des indépendants et des cabinets se sont lancés pour accompagner des entreprises dans leurs transitions : RSE et transition écologique comme CorpoKarma, Eco-conception comme Evea ou encore Bilan Carbone comme WeCount

Pour certains, ces missions de consultants seront une vocation qui durera des années. Pour d’autres, ce sera une belle opportunité d’expérimenter, de se former sur le terrain et de rencontrer un réseau avant de basculer dans une structure qui leur parle. Enfin pour d’autres encore, la vie de consultants qui va de mission en mission, sans toujours voir le fruit (s’il existe) de son action, ne leur conviendra pas. Si vous avez besoin de vivre au quotidien dans une équipe, de voir dans la durée le bénéfice de vos actions, une mission au sein d’une structure vous ira sans doute mieux que du conseil !

Pour aller plus loin que la RSE dans la transition des entreprises : découvrez la CEC

La Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) avec ses déclinaisons régionales, propose une voie alternative entre la RSE et les nouvelles alternatives : une transition ambitieuse des entreprises portées par les dirigeants et dirigeantes avec leurs équipes.

Démarche expérimentale et empreinte d’humilité, vous pouvez suivre les retours d’expériences de celles et ceux qui animent ce mouvement au travers des nombreuses émissions de radio, podcasts et articles où ils et elles témoignent.

Une expérience que nous suivons de près : chaque année depuis 2022, notre institut organise une journée de retours d’expériences de la CEC du bassin lyonnais pour celles et ceux qui suivent (ou ont suivi) notre programme Nouvelles Voies.

Urgences (écologiques et sociales)

Pour assumer la gravité des défis sociétaux et les affronter avec (une certaine) sérénité

Lorsqu’on évoque les défis de la transition écologique et solidaire, ce ne sont pas les urgences qui manquent… Si ce sentiment d’urgence nous prête de la force et du courage, c’est aussi un sentiment qui peut nous plomber dans notre parcours de transition et d’engagement. Petit décryptage de trois niveaux d’urgences, et quelques clés pour s’en emparer dans son évolution professionnelle.

1. Urgences écologiques et sociales : le temps d’agir

Qu’il s’agisse de la biodiversité qui s’effondre ou du climat qui se dérègle, un consensus scientifique se dégage pour parler d’urgence et nous inviter à agir dans les plus brefs délais pour éviter ou limiter des dégâts irréversibles sur les équilibres de la nature. Dans le même temps, notre société vit des urgences sociales dramatiques : familles à la rue, migrants et migrantes extrêmement vulnérables, services de soin de plus en plus fragilisés…

C’est de ces urgences écologiques et sociales que notre sentiment de devoir agir tout de suite émerge. Et s’il ne trouve pas à s’employer, nous souffrons d’anxiété ou d’éco-anxiété. Un sentiment sain puisqu’il traduit notre besoin de pouvoir sur une situation face à laquelle nous devons agir, mais très inconfortable si nous sommes bloqués ou que nous nous sentons impuissants.
La solution : agir !

Et dans un parcours d’évolution professionnelle ? Ce sentiment d’urgence(s) est souvent la clé du ou des déclics qui mettent en mouvement. Un premier choc qui nous interpelle, puis des lectures, des podcasts qu’on écoute, des docus qu’on regarde et des premiers événements et rencontres inspirantes… Ce sentiment d’urgence est précieux, et s’il est parfois moqué ou délégitimé (pour les raisons évoquées ensuite) par des proches ou des collègues, ne lâchez rien : vous avez raison de le ressentir et de chercher comment agir.

2. Urgence d’agir pour changer la société : accepter le temps long

C’est ainsi la seconde urgence à laquelle nous nous confrontons : agir. Et au-delà du désir d’agir, nous éprouvons celui de constater des résultats à notre action, à la fois immédiat sur les personnes que nous touchons ou les situations que nous affrontons, et sur la société dans son ensemble.

Attention, ce second désir de résultats visibles dans la société sera contrarié face à la globalité des enjeux qui nous rappelle que notre action n’est qu’une goutte d’eau face à un monde qui n’évolue pas autant qu’on le souhaiterait. Allant même parfois jusqu’au sentiment que nous reculons, comme nous en parlons dans notre article sur le Backlash écologique.

La solution : accepter ce temps long, célébrer chaque (petite) victoire et résultat immédiat de nos actions, rester déterminé et ne pas céder à la frustration. Plus nous serons nombreux et nombreuses à agir, plus ce qui semble impossible deviendra accessible, et même évident !

Et dans un parcours d’évolution professionnelle ? Cette problématique du temps long (et de la gestion des insatisfactions et frustrations de ne pas avoir assez d’utilité ou d’impact) est décisive pour définir votre destination professionnelle. Notre article sur la boussole et les 5 quêtes creuse ce défi de trouver des missions qui vous accompliront et vous réaliseront. Car le but d’une évolution n’est pas de changer le monde partout et sur tous les sujets, mais de trouver une des places (sujet(s) d’action, type(s) de mission ou encore type(s) de structure) où vous vous accomplirez en participant à le transformer. C’est ce qui permet de tenir face à la frustration de ne pas tout réussir face aux urgences qui nous assaillent.

3. Urgence d’évoluer et de changer de vie : accepter de prendre son temps

Enfin, la dernière urgence que nous pouvons ressentir dans un parcours de transition, c’est celle d’évoluer et de changer de vie personnelle comme professionnelle. Face à toutes les urgences de notre société et face au besoin d’agir, on peut souhaiter que cette évolution ait lieu tout de suite.

Elle peut sembler à portée de main en quelques mois quand on rêve de tout plaquer pour aller élever des chèvres dans le Larzac ou en s’engageant dans des actions militantes de terrain, mais en réalité est bien plus complexe et plus lente. Changer de parcours nécessite de revoir ce qu’on croit (représentations de la réussite, envies et besoins au quotidien…) autant que son contexte (représentations de nos proches, engagements financiers, besoins de sécurité et de stabilité de ceux qui nous entourent…) !

La solution : accepter de prendre le temps qui (nous) est nécessaire, se respecter dans son changement et s’assurer dans son évolution en échangeant, en étant accompagné ou en s’inspirant de contenus comme notre Espace ou notre Lettre Évolutions.

Des mots qui (vous) manquent ?

Chaque mois, nous proposons un mot de décryptage dans notre Lettre Évolutions, dédiée aux personnes en quête de sens et en évolution professionnelle. Abonnez-vous et n’hésitez pas à nous écrire pour avoir le décryptage d’un mot qui vous questionne : martin.durigneux@instituttransitions.org

À lire également

D'autres ressources pour accompagner votre évolution pro en quête de sens

Un espace avec des conseils, ressources, portraits, modes d’emploi, décryptages, webinaires, foire aux questions... pour vous accompagner dans votre évolution pro vers des métiers et missions en faveur d’une société écologique et solidaire !

En quête de sens ? 2 prochains pas :

S’abonner à Évolutions

La lettre mensuelle qui accompagne les transitions professionnelle pour une société écologique et solidaire

Découvrir Nouvelles Voies

Un an de formation professionnelle pour évoluer vers la transition écologique et solidaire et une vie pro qui a du sens