Financer nos actions : construire un modèle économique à la hauteur de nos enjeux et de nos défis
Un modèle économique doit être compréhensible de toutes les personnes qui ont vocation à le comprendre : dirigeants et dirigeantes, équipe salariée, conseil d’administration et parfois partenaires ou parties prenantes. Comme tous les modèles, s’il n’est pas compris et approprié, il n’a aucune utilité – voire même il mène à des erreurs.
Un modèle économique n’est jamais tout à fait exact : il a vocation à intégrer une réalité dynamique, évolutive, et à définir des clés de choix. Sa précision, coûteuse en temps et en énergie, dépend des enjeux : plus les risques sont importants, plus la fragilité économique est forte, plus on investit de temps pour qu’il soit au plus près de la réalité.
La compréhension du modèle économique rend possible d’agir sur la réalité économique de la structure avec une meilleure conscience des tenants et aboutissants : choisir des nouveaux développements, explorer des nouvelles ressources, prioriser des actions par rapport à d’autres, cibler des économies possibles…
Pourquoi parler de modèle socio-économique ?
La notion de modèle socio-économique a été particulièrement développée dans le monde associatif au sein des structures d’éducation populaire. La vocation de cette évolution sémantique est de signifier une intégration de ressources autres que les ressources habituelles : bénévolat, participation habitante, engagement des parties prenantes… Et ainsi d’éviter de prendre des décisions qui auraient des conséquences socio-économiques contre-productives : par exemple, choisir un modèle marchand en sacrifiant des engagements bénévoles ou les bénéfices de partenariats utiles.
Trois modèles économiques simples : comment marchent-ils ?
- Le modèle marchand : il est basé sur la vente de biens et de services à un prix de marché, en concurrence avec d’autres acteurs.
- Le modèle public : il est basé sur la mobilisation de ressources publiques, soit directe, dans le cas d’une institution, soit indirecte dans le cas d’associations subventionnées.
- Le modèle citoyen : il est basé sur la mobilisation des citoyens et citoyennes qui sont pourvoyeurs de fonds, via les dons, et d’énergie, via le bénévolat.
Chaque modèle est conditionné par des modalités différentes qui impliquent des leviers de développement et des points de vigilance différents.
L’hybridation : une potentialité fertile
Depuis longtemps, ces trois modèles simples s’hybrident dans la réalité économique des organisations. C’est particulièrement le cas des associations qui croisent les différentes ressources afin d’assurer la pérennité et/ou le développement de leurs actions.
Certaines associations restent très ancrées dans un modèle comme les Alec, pour le modèle public, ou le Secours Catholique, pour le modèle citoyen, d’autres comme Anciela – co-fondatrice de notre institut – croisent les différentes ressources soit au sein d’un projet, soit entre les projets. C’est très souvent le cas des jeunes pousses associatives !
| Si hybrider des ressources est fertile pour assurer un développement opportuniste (qui saisit la variété des opportunités) et une résilience en cas de crise d’une des ressources, c’est aussi un défi : c’est plus énergivore et cela demande de maîtriser des réalités et des dynamiques (très) différentes. Penser la vente d’un produit, une stratégie de dons ou le dialogue avec une institution mobilise des postures, discours, modalités de fonctionnement très différents voire parfois contradictoires. |
Un modèle basé sur une construction en briques
La modélisation en briques vise à penser son organisation au travers d’une logique de briques génériques et spécifiques.
Les briques génériques permettent de créer des cases dans lesquelles on rassemble des ressources : dons, subventions, adhésions, ventes… Chaque case est subdivisible afin d’être davantage précise.
Ainsi la case dons peut-être divisée entre dons réguliers, dons ponctuels liés à une campagne ou dons ponctuels liés à une inscription à un événement. Côté subventions, on peut distinguer subventions locales, régionales, nationales ou européennes.
Ce ne sont que des exemples car ces subdivisions doivent être signifiantes : elles vous permettent de mieux comprendre votre modèle économique. Ainsi, si vous êtes une épicerie sociale et solidaire écolo, la distinction fertile entre vos subventions est peut-être entre celles qui entrent dans la case « écologie » et celles qui entrent dans la case « solidarité » plutôt que de distinguer les échelles institutionnelles, comme évoqué précédemment. Classer est un choix qui vous appartient !
Les briques spécifiques permettent d’identifier des ressources réelles, désignées avec leur nom et évaluées à des montants précis. Par exemple, dans la brique générique subventions, on pourra avoir Subvention du service solidarité du département pour le projet X, au montant Y. Elles arrivent ainsi après dans le processus de consolidation du modèle économique. On en parle un peu plus tard !
Modélisation complexe : difficile interprétation des influences croisées
La modélisation des systèmes complexes signifie une analyse des synergies qui existent entre les briques d’un modèle économique. Poussés à leur extrême, certains modèles proposent des activités sans aucune recette et génèrent leurs recettes par quelques activités dérivées de leurs activités principales. Les plus connus sont issus du monde numérique : moteurs de recherche, réseaux sociaux… qui proposent des services gratuits qu’ils financent avec de la publicité ou de la vente de données.
Dans le cas de nos structures, il s’agit souvent d’activités moins rentables qui ont un effet très favorable sur des recettes liées à d’autres activités : dons, subventions voire ventes d’activités de formation ou d’animation. Cependant, cette synergie économique doit être étudiée avec une certaine vigilance.
Par exemple, une association qui développe un magazine mensuel (papier) pourra constater que les abonnés sont près de 15% des donateurs réguliers de la structure. Il y a ainsi une synergie forte entre les deux. Cependant, si le magazine est déficitaire, au-delà des choix politiques autour de sa pertinence particulière, la question économique sera de savoir si cette synergie économique est suffisante pour couvrir les pertes.
La consolidation d’un modèle économique : dialogue entre prévision et réalité
La consolidation d’un modèle économique est un processus qui vise à valider que ce qui a été prévu se retrouve effectivement dans les recettes comme dans les dépenses. Et si ce n’est pas le cas, de pouvoir agir (si nécessaire) afin de contrebalancer la dynamique.
Un modèle économique se (re)consolide ainsi chaque année, car chaque année ce qu’on prévoit, que ce soit en vente, en dons, en adhésion ou en subvention évolue. Suivant le degré de vulnérabilité ou de variabilité des activités de votre structure, cette consolidation est plus ou moins régulière : chaque semaine, chaque mois, chaque trimestre… Une épicerie n’aura pas la même logique qu’une association qui fonctionne avec deux ou trois grandes subventions.
Le modèle économique est-il un tableau ?
C’est presque toujours nécessaire, mais rarement suffisant. Le tableau est un outil pertinent pour calculer des résultats en particulier dans le processus de consolidation.
Cependant, les tableaux, en particulier s’ils sont basés sur un compte de résultats classique, fondé sur des normes comptables, sont souvent difficiles à lire et à (re)configurer.
Si on souhaite avoir un tableau adapté aux normes comptables, il est pertinent d’avoir un autre tableau qui a une vocation à accompagner la modélisation : être très appropriable, très compréhensible et modifiable pour tester des hypothèses dès qu’on souhaite agir sur une brique de recettes ou de dépenses.
| Afin d’être compréhensible, un tableau doit toujours être accompagné d’un narratif : une explication qui présente comment sont fabriquées les données, leur degré de crédibilité, leurs tenants et aboutissants… Ce texte est parfois proposé dans un dossier (dans le cas du Business plan) mais il peut être simplement indiqué ligne par ligne dans une case commentaire ou mobilisé oralement lors de la présentation du modèle économique en réunion, en CA, en AG… |
En résumé, un modèle économique doit :
- Appréhender votre réalité économique
- Être compréhensible par toutes les personnes décisionnaires
- Être appropriable, modifiable, adaptable pour permettre de tester des évolutions
- Être consolidable chaque année afin de valider sa cohérence avec la réalité
- Être toujours expliqué afin d’en comprendre la pertinence et les limites
- N’est pas une preuve : c’est un outil pour aider la construction des décisions